Le festival

...il se prosterna en adoration, tenant au-dessus de sa tête cet abominable Necronomicon qu’il avait apporté avec lui. Et je me prosternai également, car les écrits de mes ancêtres m’avaient ordonné de me rendre à ce cérémonial. Le joueur de flûte à demi visible dans l’ombre, changea sa faible musique en une mélodie à peine plus forte, dans un autre ton, provoquant, ce faisant, une horreur aussi inimaginable qu’inattendue. Je m’écroulai presque sur le sol couvert de lichen, transpercé d’une épouvante
qui n’était pas de ce monde et qui ne pouvait venir que des espaces insensés entre les étoiles, des ténèbres inimaginables, d’au delà la lueur gangreneuse de la flamme.
Venue du fin fond du Tartare, que ce fleuve huileux traversait, arriva une horde de choses ailées, apprivoisées et hybrides, qu’un oeil et un cerveau sains auraient peine à imaginer.

Le vieil homme se tourna vivement, si vivement que ce mouvement déplaça le masque de cire de ce qui aurait dû être sa tête. Et alors, comme cette chose de cauchemar me barrait le chemin de l’escalier de pierre par lequel j’étais descendu, je me jetai dans le fleuve huileux qui coulait en bouillonnant vers la mer, je me jetai dans ce jus putride de la terre, avant que mes hurlements de délire n’eussent attiré sur moi les légions des charniers de ces profondeurs pestilentielles.